Que Faire au Cap Ferret
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Septembre au Cap Ferret

A quelques jours de la rentrée, la tentation de Marie revient. Je balance souvent entre l’envie de reprendre la vie active et celle de m’installer au Cap Ferret. Pleine d’enthousiasme, de projets et de bonnes résolutions, j’aime le mois de septembre et sa promesse d’un recommencement. En même temps, je redoute, je regrette de quitter la presqu’île, la villa et son cocon protecteur. Il me suffit d’une promenade à la pointe et un désir fou d’absolu lâcher prise me submerge. Pour un jour, je m’imagine céder à l’appel du bassin en septembre.

Cap Ferret, Sophie Juby

La dernière gaufre.

Marie, l’héroïne de mon roman, le Cap Ferret du Paradis à l’Enfer a fait le choix de rester.

Extrait du roman.

Chapitre 2 septembre

Septembre sur le bassin a le goût sucré et transgressif de la première pomme, ultime plaisir avant d’être chassé du paradis. Il commence toujours comme un mois d’août. Météo californienne, vents doux, humeurs lascives, la première quinzaine, le Ferret conserve son air de village de vacances. La presqu’île reste un îlot d’absolue nonchalance. Le marché encore quotidien attire une clientèle de vacanciers tardifs, des étudiants en attente de rentrée universitaire, des mamans-poussettes en congés maternité et leur bébé de l’année. Tous se retrouvent à la plage l’après-midi. Les filles exhibent leur corps bronzé couleur caramel beurre salé. Les garçons, façon hipster, arborent le cheveu en désordre et s’habillent encore de bermuda et tongs. Beaucoup de cheveux gris aussi, les jeunes retraités profitent des belles journées et des prix de basse saison.

 

La première semaine, Marie ne sait que faire de sa soudaine liberté, de ses journées sans programme. Elle balance entre l’envie de prolonger l’été en mode slow et la nécessité d’organiser sa nouvelle vie. La villa lui semble vaste et désolée depuis le départ du reste des aoûtiens. Son look maison de famille nombreuse ou l’esthétique a été sacrifié au pratique ressort d’avantage……..

 

( ……………………………………………)

 

 

Le lendemain matin, après le départ de David, elle replonge dans l’ambiance étrange d’une maison vide. Elle ne s’habitue pas au silence. La nostalgie des bruits de l’été n’est pas loin.

Que faire ? Aller nager, courir sur le sentier de l’abécédaire ou pourquoi pas imiter maman et commencer un album de vacances. Elle ouvre son ordinateur et fait défiler les photos de l’été. Elle s’arrête sur les concentrés de petits bonheurs, les lumières du bassin à l’aube, les couchers de soleil à la Pointe, les belles pinasses ancrées devant le village du Canon et les photos de groupe à Arguin.

 

Elle se rappelle les moments forts, retourne avec bienveillance sur le mois écoulé. Elle prend le temps de revenir sur les selfies, les instagram, ces shoots de plaisir à partager.

Ces sourires, nos jolies tables, nos belles soirées, je garde. Je choisis quelques moments épiques, les minis drames. J’adore celle où Cécile tombe en montant dans la pinasse, il n’y a qu’elle pour chuter dans vingt centimètres d’eau et pour se relever toute dégoulinante sans se départir de sa formidable bonne humeur. Zoé piquée par une vive, je la conserve aussi, la petite de Julie nous a tellement émus par ses grosses larmes d’enfant surprise par la douleur en plein jeu de plage. Et celle-là, le jour ou Andréas a parié de grimper en haut de la dune du Pilat en moins de cinq minutes. A l’arrivée, il soufflait, il pleurait, exténué. Quel enfant ! Les photos de la soirée chez les Pilet, nous étions si beaux, bronzés, détendus et un peu ivres. Je me souviens très bien de la nuit qui a suivi.

 

Elle ferme les yeux, retire ses mains du clavier, respire profondément. Elle laisse son esprit se recentrer sur les souvenirs. Les sons, les odeurs, les émotions ressurgissent. Elle entend les différents bruits de l’eau, l’océan, le ressac, le bassin; elle revit les animations de l’été, elle entend les moteurs de bateaux, celui du Jodel dans le ciel qui tire sa banderole le long de la plage. Viennent les rires des enfants bousculés par les vagues, les parties de raquettes sur la plage, les cris des joueurs de Dobble, la playlist de leurs soirées. Elle se rappelle les senteurs de l’été, la sève des pins chauffés au soleil, l’odeur fade des algues du bassin, la crème solaire parfumée coco, le brûlé du barbecue.

Du barbecue, elle glisse aux souvenirs de la tribu, des soirées atelier cocktail entre amis, des fous rires entre cousines, des diners qui s’éternisent et de la lune rousse qu’elle observait depuis la rive. Elle n’hésite pas à soulever le voile de pudeur. Elle revit les siestes coquines dans la maison désertée de ses occupants, les câlins dans les dunes, le désir enfin assumé, les nuits trop courtes.

Que d’émotions dans ces images ! Ne nous laissons pas submerger. Je dois avancer.

Elle organise ses clichés et réalise un book avec l’appli photobox. L’album terminé, elle sélectionne les pépites, stocke les photos doudou dans son portable. Il suffira d’une terrasse au soleil, d’un ciel trop bleu et d’un regard trop brillant pour rouvrir la boîte à souvenirs.

Dans la semaine, elle fera imprimer de nombreux clichés et les installera tel quel, sur les murs du salon, une vraie antidote au poison des jours de blues.

Elle manque d’idées pour le reste de la semaine. Dans la maison, elle se sent mieux. Elle ne sursaute plus aux craquements secs du plancher. Elle commence même à goûter la solitude. Alors, elle laisse glisser les heures, ouvre un roman puis le délaisse, prend le temps d’un footing sur la plage et de bains prolongés à l’océan. Telle une gamine découvrant la mer, elle passe des heures dans les vagues, heureuse de se laisser porter, fouetter par la marée montante. Elle est vivante tout simplement. Une fois rassasiée de la mer, elle se laisse tomber sur sa serviette, s’assoupit, rêve, tranquille. Elle offre son corps au soleil et au vent. En septembre les rayons ne mordent pas, ils caressent. Lorsque la température monte, brûlante de soleil ou de rêves d’autres étreintes, elle retourne à l’eau se rafraîchir.

Cap Ferret, sophie Juby

Le défi au soleil . Coucher de soleil à l’océan.

 

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3 commentaires

  1. Gibierge beatrice dit

    Oui on veut la suite ….. l’histoire n’est pas finie 😝pleins de bisous et bonne rentrée Sophie.

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  2. Shelby dit

    Coucou Sophie,
    Bonne idée, vous restez au Ferret et entre deux gaufres vous nous écrivez la suite de Marie.
    Bien à vous…
    Marie Christine

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