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La Pointe du Cap Ferret, Quel avenir ? Part 2 : la Stratégie Locale.

La Stratégie Locale

Par courrier daté du 6 février 2019, le préfet de la Gironde Didier Lallement a demandé au maire de Lège-Cap-Ferret :

« d’interdire,  sans délai, au titre de son pouvoir de police, tout cheminement du public sur les ouvrages depuis chez Hortense jusqu’à la pointe et de procéder à la fermeture au public des différents accès à ces ouvrages ».

En 2016, la préfecture demandait déjà la fermeture de la plage du Mirador située à l’extrémité de la presqu’île de Lège-Cap-Ferret. Condamner l’accès au public, fermer les plages, est-ce l’unique réponse des autorités au délicat problème de l’érosion ? Que pouvons-nous imaginer pour la suite ? Quel avenir pour la Pointe du Cap Ferret ?

Dans un premier article, je donnais le point de vue de la Mairie. Pour aller plus loin, je reviens ici sur la stratégie locale et sur les études qui ont motivé les choix de la municipalité.

Pour écrire ce post, je me suis essentiellement appuyée sur le site de la Mairie du Cap Ferret. On trouve à la rubrique environnement, un résumé de la stratégie envisagée pour la pointe. On trouve aussi les fondements de la politique locale. Il s’agit de deux études commandées par la Mairie et livrées en 2017.

La société CASAGEC Ingénierie a travaillé sur le sujet avec :

ADAMAS (cabinet d’avocats cotraitant) associés à GEOLITHE (génie civil) et DELANNE ASSOCIES (architectes / paysagistes) en tant que sous-traitants. Leurs conclusions s’appuient sur l’étude de l’aléa érosion au niveau des passes du Bassin d’Arcachon (ARTELIA / GEOTRANSFERT, 2015) et la cartographie de l’aléa submersion marine (BRGM, 2016).

L’étude CASAGEC dresse un constat argumenté des menaces qui pèsent sur l’avenir à court et moyen terme de la presqu’île. Elle inventorie les enjeux (332 maisons, 57 appartements et 91 locaux commerciaux ou industriels). Elle valorise les biens situés dans le périmètre de submersion. Elle évalue leur intérêt environnemental et patrimonial. Enfin elle étudie la stratégie actuelle de défense et la solidité des ouvrages de protection.

Quelles sont les menaces ?

Si je simplifie à l’extrême, je dirais que le Cap Ferret, bande de sable qui ferme partiellement la lagune du Bassin d’Arcachon subit la pression maritime et éolienne sur sa face ouest. Sur le versant est, elle est attaquée par la houle qui entre dans le bassin et surtout par le déplacement des passes (chenaux d’entrée et sortie- ).

les passes du bassin, selon Wikipédia:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Passes_du_bassin_d%27Arcachon

La dynamique du Bassin d’Arcachon. On remarque le déplacement de la passe nord. Une partie vient buter contre la façade orientale du Cap Ferret. En 2030, elle a entamé une migration vers le sud qui conduirait à la destruction du Banc d’Arguin. Je n’en parlerai pas ici mais on peut imaginer les lourdes conséquences sur l’activité ostréicole du Bassin d’Arcachon

 

La dynamique du bassin d’Arcachon

L’avenir de la Pointe du Cap Ferret est une histoire compliquée entre érosion et submersion. On parle ici du recul du trait de côte et d’éventuelles submersions marines (i.e « …  inondations temporaires de la zone côtière par la mer lors de conditions météorologiques et océaniques défavorables .. elles peuvent durer de quelques heures à quelques jours » (Guide méthodologique, MEDDE, mai 2014).

Si l’érosion concerne la bande côtière, la submersion concerne à la fois cette partie mais aussi des zones de faibles altitudes ou en dessous du niveau de la mer qui seraient inondées en cas de fortes vagues type Xinthia.

le BGRM a cartographié les aléas ; ses conclusions sont disponibles en ligne sur le site de la préfecture.

http://www.gironde.gouv.fr/index.php/content/download/35605/249419/file/PPRSMBA_Alea_Rapport-final_BRGM_RP-64807-FR.pdf

Il ressort de tous ces documents une situation contrastée. On peut diviser la pointe du Nord au Sud en secteurs homogènes.

Schématiquement, on peut dire que la façade océanique subit une érosion maritime qui vient fragiliser la dune. Le trait de côte recule très fortement au Sud et de façon moins marqué au Nord. Sur ce secteur, l’ONF (propriétaire) a choisi la méthode douce de protection avec plantations de végétaux appropriés et ganivelles pour retenir le sable.

A la pointe le cordon dunaire s’est tellement réduit qu’il a fallu intervenir en urgence l’hiver 2018 pour empêcher une submersion au droit du Mirador. La mairie a fait déposer du sable prélevé en amont de la plage.

Côté Est, les propriétaires riverains ont construit des perrés pour se protéger de l’érosion.

La municipalité se contente aujourd’hui de recharger en sable (lutte douce), deux autres secteurs à risque, l’extrémité ouest de la Pointe et la flèche du Mimbeau.

Quelles sont les défenses ?

Deux politiques se juxtaposent. Côté océan et sur la flèche du Mimbeau, un accompagnement du phénomène d’érosion. On protège a minima. Côté oriental, les propriétaires riverains font face à la mer en construisant des ouvrages. Ces édifices ont permis de stabiliser le trait de côté malgré quelques effondrements localisés.

Aujourd’hui les défenses semblent présenter des fragilités et surtout des manques comme à la plage du petit Tram dont le perré s’est écroulé en 2014. On comprend donc l’intervention brutale du préfet dans le dossier. En interdisant la circulation sur les perrés, il se protège par avance des conséquences possibles d’un effondrement accidentel.

Les dangers sont-ils réels et imminents ?

Je ne suis pas experte. Je laisse à chacun le loisir le lire l’étude et de regarder la cartographie détaillée de l’état des protections. Elle est faite sur la base de constats visuels établis par la société GEOLITHE en septembre 2016 (la partie émergée des ouvrages et celles visibles à marée basse). Elle s’appuie aussi sur des relevés bathymétriques effectués par la société CASAGEC en juillet 2016. L’ensemble des défenses de la pointe est caractérisé par leur niveau de dégradation allant de désordres faibles à forts. Le périmètre est délimité en zone à risque sur la stabilité des ouvrages allant du vert au rouge.

Voilà, on a posé les bases, et l’avenir ?

Face à la mer, on peut laisser faire, organiser un repli stratégique et indemniser les propriétaires via le fonds Barnier ou lutter.

Pour dire vrai, les choses sont un peu plus complexes. Il est possible d’affiner la stratégie, de faire de la Haute Couture en traitant zone à zone.

L’étude N°2 est venue nourrir la réflexion des élus.  On parle  beaucoup d’argent. On pèse. On voudrait protéger l’intégrité du territoire. On n’oublie ni les villages ostréicoles, ni la haute importance touristique du lieu. On met en balance la valeur des biens à protéger (et donc le montant des indemnisations potentielles en cas de relocalisation) et le montant des travaux de protections. Les résultats sont prévisibles.

Parmi les scénarii divers : inaction, poursuite de la politique antérieure, repli stratégique ou défense active, la mairie a choisi la défense active. Elle a décidé d’une stratégie de gestion de la bande côtière en accord avec la stratégie nationale (MEDDE 2012) et régionale (GIP littoral aquitain 2012). Les objectifs de cette politique sont claires : préserver les personnes, les biens et l’attractivité d’un secteur hautement touristique.

En pratique, elle défendra l’extrémité de la pointe et la flèche du Mimbeau par ajout régulier de sable. Lutte active souple.

Côté 44 hectares (les enjeux : 284 habitations et 2 entreprises), elle entend donner suite aux préconisations de la CASAGEC.

L’idée serait de demander aux propriétaires des 44 ha de s’unir en ASA et de prendre en charge la remise en bon ordre des protections. Pour ce faire il leur faudrait un cahier des charges. Celui-ci n’existe pas à ce jour. Il incomberait aussi aux propriétaires de combler  par du sable les fosses situées devant chez Hortense et le long de la digue de monsieur Bartherotte. Coût total 17 millions à la charge des riverains.

Casagec- etape 2- page 91

Financement de la remise à niveau des protections des 44 hectares. L’étude inclus les 191 propriétés situées dans la bande Aléa submersion et non pas les seuls premières lignes.

Secteur Bélisaire, les propriétaires seront invités à mettre à niveau leurs ouvrages.

Voici quelques extraits de l’étape 5 des études de la société CASAGEC – ADAMAS -Avril 2017.

Communication et Formalisation des choix de Gestion

Ce document  est un outil destiné à la mairie pour informer les habitants sur ses choix.

Voici en résumé les solutions retenues par secteur

Secteur de la façade océanique

Parmi les scénarios étudiés, le scénario d’accompagnement des processus naturels (S2) avec relocalisation du poste de secours et de la gare du Petit Train est le moins rentable économiquement. Il est néanmoins le scénario permettant de répondre aux objectifs territoriaux et le plus pertinent vis-à-vis de l’analyse multicritères.

Extrait de l’Etude CASAGEC – Etape 5 – Communication et formalisation des choix de Gestion

La Pointe

Parmi les scénarios étudiés, une gestion de ce secteur par lutte active douce a été retenue en raison de sa rentabilité économique au regard des enjeux impactés ainsi qu’au vu des résultats de l’analyse multicritère.

Ce scénario prévoit des rechargements importants sur le cordon dunaire de la Pointe par apports extérieurs de manière à limiter les taux d’érosion du trait de côte. En raison d’incertitudes quant aux effets de ces extractions de sable ainsi que sur la capacité de résilience du milieu, la zone de provenance du sable sera validée après des études hydrosédimentaires complémentaires à l’échelle du bassin versant. Les zones d’extractions fléchées par le scénario sont

le flanc ouest du Bernet pour les rechargements d’entretien,

les pieds de dunes ou les crochons sableux situés au Nord immédiat du village de blockhaus en cas de rechargement d’urgence. CASAGEC AVRIL 2017 page 11

Extrait de l’Etude CASAGEC – Etape 5 – Communication et formalisation des choix de Gestion

Les 44Ha

Malgré la complexité juridique qu’il représente, le scénario retenu pour ce secteur prévoit la remise en état des ouvrages de protection sur la base d’un cahier des charges commun. La mise en œuvre de ce scénario serait facilitée par la mise en place d’une structure permettant une gestion cohérente des ouvrages entre les différents acteurs concernés par l’aléa.  CASAGEC page 12

Extrait de l’Etude CASAGEC – Etape 5 – Communication et formalisation des choix de Gestion

La Flèche du Mimbeau

Parmi les scénarios proposés, la lutte active douce par rechargement de l’enracinement de la flèche a été retenue. Ce scénario présente l’avantage de ne pas plus artificialiser le secteur, et d’être davantage compatible avec les objectifs territoriaux. La surveillance de l’évolution de la fosse et du talus sera indispensable à l’évaluation de la pérennité de ce scénario dans le temps

Extrait de l’Etude CASAGEC – Etape 5 – Communication et formalisation des choix de Gestion

La Conche du Mimbeau

Parmi les scénarios proposés, le maintien de la gestion par lutte active dure a été sélectionné. La réfection des ouvrages défectueux et leur entretien sera prévue selon un cahier des charges dans les règles de l’art. Ce scénario est le plus cohérent au regard de l’analyse multicritères et le plus avantageux au regard des enjeux économiques. La mise en œuvre de ce scénario serait facilitée par la mise en place d’une structure permettant une gestion cohérente des ouvrages entre les différents acteurs concernés par l’aléa.

Extrait de l’Etude CASAGEC – Etape 5 – Communication et formalisation des choix de Gestion

Bélisaire

Parmi les scénarios proposés, le maintien de la gestion par lutte active dure a été sélectionné. La réfection des ouvrages défectueux et leur entretien sera prévue selon un cahier des charges dans les règles de l’art. Ce scénario est le plus cohérent au regard de l’analyse multicritères et le plus avantageux au regard des enjeux économiques. La mise en œuvre de ce scénario serait facilitée par la mise en place d’une structure permettant une gestion cohérente des ouvrages entre les différents acteurs concernés par l’aléa. Page 15

Extrait de l’Etude CASAGEC – Etape 5 – Communication et formalisation des choix de Gestion

L’étude chiffre le coût des travaux pour une période de 10 ans. Hors étude d’impact à faire en préalable, les montants sont par secteur listés dans le tableau suivant.

Etude CASAGEC – Etape 5 – communication des choix de Gestion – page 24

 

Voté au conseil municipal en 2017, la stratégie a-t-elle été mise en place ?

Les choses semblent avancer très doucement. En mai 2017, il est acté de nouvelles études d’impact pour le rechargement en sable de pointe. Pour mémoire cette action suppose de prélever du sable à la fois sur la plage et au pied oriental de la dune. Nous sommes en zone protégée et chaque intervention est conditionnée par une autorisation préfectorale donnée après étude d’impact sur la faune et la flore.

Côté Etude, on peut ajouter la surveillance de trait de côte, la veille juridique et certainement beaucoup d’autres. (on peut imaginer que toutes ces questions d’érosion font le bonheur et le chiffre d’affaires de bien des sociétés de conseil)

Délibération du Conseil municipal du 29 mai 2017

Rappel des faits, de la démarche engagée par la mairie avec la CASAGEC.

Point sur l’avancement du projet.

….A cette date, la commune et le comité de pilotage (GIP littoral aquitaine) ont validé les scénarii de gestion par secteur et du projet de plan d’action à échéance 2030.

Le plan d’actions fait l’objet de discussions complémentaires avec les partenaires co-financeurs. La stratégie sera prochainement partagée avec les élus du conseil municipal. Elle sera présentée pour examen au comité de gestion d’ici mi-juillet 2017, avant d’être partagée avec le public.

Extrait du registre des délibérations du conseil municipal-en ligne sur le site de la mairie rubrique environnement

Ce jour là, il a été voté un investissement de 200 000€ pour financer les études préalables à la lutte souple côté océan et la concertation préalable avec les acteurs sur la gestion des ouvrages de lutte active dure incluant la veille juridique.

Côté 44 hectares, peu de choses à dire sur la mise en place de la stratégie. A ma connaissance, rien n’a été fait pour informer les propriétaires.

Je ne sais pas si vous avez bien lu mais l’option CASAGEC implique une dépense de 27 millions pour les 10 prochaines années. L’essentiel, 19 millions, serait à la charge des propriétaires. Cela risque d’être un peu compliqué de leur côté, d’autant plus que l’état leur imposerait des AOT (autorisation d’occupation temporaire) pour consolider les digues, charge à eux de garantir la sécurité des personnes y circulant (et donc d’assumer les responsabilités en cas d’accident). On peut se demander aussi si une alternative existe. L’étude de la CASAGEC a montré l’existence d’un plan B. On parlerait alors de l’abandon du trait de côte. Cela conduirait alors à une relocalisation des habitants. Dans ce cas, l’état sera dans l’obligation d’exproprier et d’indemniser les propriétaires. Le coût a été chiffré en fonction de la situation des maisons. Au vu de son montant (150 millions pour les 284 logements et les 2 entreprises du secteur 44ha- page 76 étude 2), la solution n’a pas été retenue. On le comprend…

 

A venir, la partie 3 de mon étude sur l’érosion, le point de vue des acteurs et riverains.

 

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